Gratin finnois
Digitales Exposition A Bruxelles, dernière halte du média-art
finlandais.
Par Marie LECHNER
vendredi 31 octobre 2003
Libération
F2F, New media art from Finland
jusqu'au 5/12 à Bruxelles, Cité administrative, 204, rue
Royale.
www.f2fmedia.net www.imal.org www.needweb.org/brandbody. près avoir
sillonné pendant deux ans l'Amérique du Nord (Los Angeles,
Washington, Toronto, Montréal et New York), l'exposition itinérante
F2F (Face to Face), consacrée au média-art finlandais, fait
une dernière halte à Bruxelles. Dans un endroit plutôt
insolite, les installations se déploient de part et d'autre de
l'immense cantine de la cité administrative où 2 000 fonctionnaires
viennent quotidiennement casser la croûte. Le bâtiment de
1958, navire aux tonalités brun orangé à moitié
abandonné, fournit un écrin décalé aux six
installations présentées.
«L'idée, c'était de sortir le média-art de
sa niche pour le confronter au grand public» , explique Yves Bernard,
responsable d'Imal (Interactive media art laboratory), producteur de l'exposition
bruxelloise. Grand public, les oeuvres présentées le sont
toutes, modestes, ludiques et dotées d'interfaces intuitives (pas
de clavier, ni de souris) qui ne nécessitent aucune expertise,
à part peut-être celle de savoir manier un arc.
Dans Mirror ++ , de Juha Huuskonen, l'image du spectateur se reflète
sur l'écran, démultipliée, assemblée en structures
visuelles complexes, collage kaléidoscopique qui fluctue au gré
de ses mouvements. Dans White Square d'Hanna Haaslahti, le visiteur joue
avec les ombres interactives projetées à ses pieds. Ailleurs,
affublé d'un lange sur lequel gigote l'image d'un nourrisson (
Mother Child de Heidi Tikka), il est censé ressentir l'instinct
maternel en berçant le bébé virtuel. Plus amusant,
Hit2Morrow , le stand proposé par Kristian Simolin, où,
à coup de flèches bien placées, l'archer déclenche
des petites animations caustiques dévoilant l'avenir de l'humanité
(surpopulation, manipulation génétique, arrivée du
messie, réchauffement de la planète...) dans un style cartoonesque
qui contraste avec le pessimisme des prévisions (on adore le crucifix
qui dégomme des armées de chars au rayon laser).
Avant d'aller tirer à l'arc, le visiteur pourra se faire les muscles
dans une nouvelle version de l'installation de Tuomo Tammenpää,
Brand Body 2, qui prolonge son questionnement sur les marques. Face à
un miroir, assis sur un banc, l'utilisateur tire sur la barre avec application,
faisant défiler sur sa poitrine logos et marques en tout genre.
«C'est une référence au body-building, explique l'artiste,
déjà repéré pour son simulacre de marque NEED
dont la particularité était de ne promouvoir aucun produit.
Comment nous nous appliquons à construire notre identité
en affichant telle marque, tel logo. Tirer sur cette barre, c'est comme
faire du jogging. On s'impose une sorte d'autodiscipline, pour être
intégré dans la société de consommation.»
Dans la première version de l'installation, le visiteur était
placé face à un miroir, devant un écran, invité
à faire son choix parmi une sélection de marques. Puis étaient
projetés sur sa poitrine les messages cachés de ces marques,
les idées et stéréotypes véhiculés.
L'utilisateur pouvait voir si ça coïncidait avec l'image qu'il
souhaite donner de lui.
Difficile, toutefois, de déceler une spécificité
finlandaise parmi toutes ces propositions. A l'exception peut-être
de la pièce de Teijo Pellinen Aquarium . Un programme de télévision
interactif décalé, diffusé tous les vendredis soir
de minuit à 6 heures du matin. Les insomniaques pouvaient partager
leur solitude avec deux personnages taciturnes, Eira et Ari. Armés
de leur télécommande, ils pouvaient les faire rêver,
boire, travailler, appeler un numéro de téléphone
pour entendre leurs pensées, ou simplement les regarder vaquer
à leurs occupations hypnotiques. «On a eu beaucoup de retours,
des messages enthousiastes de gens qui nous ont dit que ça leur
a permis d'arrêter les tranquillisants, explique Teijo, l'idée
ce n'est pas vraiment de regarder le programme très répétitif,
c'est que, lorsqu'on allume la télévision, on a un compagnon,
une présence qui rassure.»
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